L'abbaye Saint-Pierre de Solesmes est née en 1010 du don d'un seigneur angevin, Geoffroy de Sablé, qui offrit ses terres aux moines de la Couture au Mans. Pendant des siècles, elle n'a été qu'un prieuré modeste, un lieu de défrichement et de prière où les bénédictins cultivaient le seigle et la vigne.
Mais au XVe siècle, quelque chose s'est réveillé. La fin de la Guerre de Cent Ans a ramené la prospérité, et les grands prieurs de Solesmes ont commandé des œuvres d'une grâce remarquable. Dans le bras sud du transept de l'église, on trouve la Mise au tombeau de 1496, une scène de pierre où huit personnages entourent le corps du Christ. Marie Madeleine, assise à l'écart, les mains jointes, contemple celui qu'elle a reconnu comme son sauveur. Chaque figure exprime une attitude différente: le recueillement, la douleur, la tendresse. C'est de la Renaissance française à l'état pur, travaillé par des mains qui savaient faire parler la pierre.
Puis vint le déclin. Les guerres de religion, la mise en commende, les prieurs qui vivaient comme des gentilshommes campagnards en laissant pourrir le monastère. En 1790, la Révolution chassa les moines. L'église rouvrit après le Concordat, mais Solesmes demeurait une coquille vide.
C'est alors qu'un jeune abbé de la région, Prosper Guéranger, décida de la restaurer en 1833. Il redonna vie à l'ordre bénédiction en France, et fit de ce prieuré oublié l'un des hauts lieux du chant grégorien. La pierre qui avait gardé la mémoire de la Renaissance attendait son moment. Il était venu.