Saint-Lô porte le nom d'un évêque du haut Moyen Âge, Laud, dont les reliques ont attiré le culte dans cette cité fortifiée perchée sur un promontoire dominant la Vire. C'est un site de hauteur d'origine ancienne, logiquement choisi par les Francs comme point d'ancrage stratégique.
L'hiver 889, une armée danoise repoussée de Paris remonte le fleuve et assiège la ville. Les Vikings coupent l'approvisionnement en eau, forçant la reddition. L'évêque de Coutances et les habitants sont massacrés, la cité rasée. Le siège épiscopal s'enfuit à Rouen pour plus d'un siècle.
C'est seulement en 1025 qu'un évêque revient et relève les murailles. Sous Geoffroy de Montbray, au XIe siècle, Saint-Lô devient prospère. Le trésor ramené de Sicile par Robert Guiscard finance la reconstruction de la cathédrale de Coutances. La ville s'enrichit: ses orfèvres travaillent pour la reine, ses tisserands organisent leurs métiers en confrérie dès 1234, ses tanneurs produisent le fameux cuir de la vache de Saint-Lô. Au XIIIe siècle, elle est la troisième ville de Normandie.
La guerre de Cent Ans la ravage. Édouard III la pille en 1346. La peste la frappe en 1347. Elle passe aux mains des Anglais en 1418, puis les Français la reprennent en 1449.
Quatre siècles plus tard, Saint-Lô est bombardée à 97 % en 1944. L'église Notre-Dame, sur les remparts, porte encore les stigmates de ces affrontements. La ville reçoit le surnom de « capitale des ruines », une expression que Samuel Beckett popularisera dans un texte écrit en 1946. Reconstruite en béton selon des plans fonctionnalistes, elle demeure aujourd'hui un témoignage frappant de la période de la Reconstruction, où subsistent çà et là quelques maisons du vieux Saint-Lô, vestiges d'une histoire bien antérieure aux ruines.