À Rouillé, il y a dans le Bois des Cartes un quadrilatère de fossés profonds et de levées de terre, à peine visible sous l'érosion. C'est l'empreinte d'une ancienne enceinte fortifiée, supposée être un camp romain datant des premiers siècles de notre ère. Perché sur une hauteur, ce retranchement d'environ un hectare commandait la contrée proche du vicus antique de Sanxay et gardait les voies de communication.
Mille ans plus tard, le village a basculé vers la Réforme. Depuis le XVIe siècle, Rouillé s'est construit en majorité calviniste, une anomalie dans une région restée catholique. Au début du XXe siècle, deux temples protestants y coexistaient. L'église Saint-Hilaire, en gothique flamboyant avec ses survivances romanes, demeure minoritaire. Ce qui s'est multiplié, ce sont les cimetières protestants, éparpillés sur la commune: des champs de pierres tombales qui datent surtout de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle, témoins silencieux d'une confession qui a forgé l'identité du bourg. Le temple lui-même, inauguré en 1884, compte parmi les plus grands de France par ses proportions et ses tribunes. Ses vitraux et son orgue construit en 1995 racontent encore cette singularité religieuse du Poitou.