Provins porte un nom qui cache une énigme. La légende veut qu'une vigne y soit née, celle du légat romain Probus, qui aurait planté là vers 271 avant de devenir empereur. Rien ne le confirme. Ce qu'on sait, c'est qu'un nom latin assez banal, Probus, s'est transmis dans la langue d'oïl en passant par le suffixe gaulois, et que le son latin s'est transformé en v: voilà comment naissent les noms de villes, par usure et accident de langue.
Mais Provins n'est pas restée un nom. C'est devenue une puissance. Après Clovis qui s'en empara en 485, elle a grandi sous les comtes de Champagne. Au Moyen Âge, elle rivalisait avec Paris et Rouen. Trois fois par an, elle accueillait les plus grandes foires de Champagne: la foire de mai durant quarante-six jours, celle de Saint-Ayoul de septembre à novembre, celle de Saint-Martin jusqu'à la fin décembre. Les marchands du monde entier y venaient. Les remparts qu'on voit encore, datant du XIIe siècle, protégeaient ces foires et le château comtal. À l'intérieur, la collégiale Sainte-Quiriace, où Charles VII assista à la messe en août 1429 en compagnie de Jeanne d'Arc, quelques mois après son couronnement.
Puis vinrent les guerres. Édouard d'Angleterre l'assiégea, les Navarrois la prirent deux fois, les Anglais s'y faufilèrent une nuit par la porte au Pain avec des échelles de corde. Henri IV lui fit payer cher de s'être rangée contre lui. Les foires ont fini par s'éteindre, la prospérité s'est évanouie, mais les pierres sont restées. Aujourd'hui, Provins figure au patrimoine mondial de l'UNESCO pour ce qu'elle garde de ces siècles marchands et guerriers.