L'aven d'Orgnac est une grotte creusée dans le calcaire des gorges de l'Ardèche. Ce qui frappe d'abord, c'est l'ampleur: de très grands volumes de salles et des concrétions variées, stalactites et stalagmites qui se dressent comme une forêt minérale.
Mais ce lieu doit son existence à un homme et à une idée neuve. En 1929, Robert de Joly fonde le Spéléo-club de France avec un objectif précis: trouver des gouffres à transformer en attractions touristiques. Il rêve de découvrir « un nouvel aven Armand » celui-ci, ouvert au public depuis 1927, connaît un succès fou. En 1935, Joly parcourt les terrains karstiques des gorges de l'Ardèche. Les villageois lui parlent d'un gouffre qu'ils appellent « l'aven du Bertras ». Le 19 août 1935, Joly et quatre compagnons y descendent et explorent jusqu'au fond en dix heures.
Ce qui suit montre la rapidité de cet homme. Le jour même du retour à la surface, il fait signer aux conseillers municipaux un procès-verbal. Il écrit au maire une lettre enflammée, comparant sa découverte aux plus beaux avens de France. Il signe un bail sur le terrain. Moins d'un an plus tard, en février 1936, le conseil municipal vote les crédits pour l'aménagement. Les travaux commencent à l'automne 1938: tunnel d'accès, éclairage électrique, cheminement intérieur. Le 11 juillet 1939, l'inauguration se fait en présence du ministre de l'Agriculture.
En 1965 et 1966, des explorateurs franchissent une chatière au fond et découvrent quatre réseaux supplémentaires: le réseau s'agrandit d'un coup de cinq fois. Mais cette expansion crée des conflits entre communes voisines et entre les autorités locales qui veulent maîtriser l'exploitation touristique. La recherche scientifique s'arrête presque complètement pendant vingt ans. Ce n'est qu'à partir des années 1990, avec le projet de classement en Grand Site de France, que les restrictions se lèvent.