Sur une colline de la commune de Nissan-lez-Enserune, des centaines de trous creusés dans la roche parsèment le sol. Ce ne sont pas des cratères, mais des silos. Trois cents fosses, certaines assez larges pour contenir quatre-vingt-cinq mille litres, d'autres beaucoup plus modestes. Elles racontent l'histoire d'un village qui a vécu plus de sept siècles.
L'oppidum d'Ensérune s'est implanté au sommet de cette colline au VIe siècle avant notre ère, occupé par une population élisyque qui y a creusé ses premières réserves. À partir du Ve siècle, le site s'est transformé en véritable bourg. Des échanges commerciaux se nouent, des monnaies grecques et ibériques arrivent. Puis les Gaulois s'installent vers 218 avant Jésus-Christ, apportant leurs propres usages. Quand les Romains fondent Narbonne en 118 avant Jésus-Christ, Ensérune connaît une prospérité nouvelle. Mais au Ier siècle de notre ère, le site s'éteint progressivement.
Ce qui reste visible aujourd'hui, c'est surtout cette collection de céramiques impressionnante: des fragments qui témoignent de chaque époque, chaque culture qui a traversé la colline. Des fouilles menées depuis le XIXe siècle ont permis de reconstituer ce palimpseste. Une villa construite au sommet en 1915 abrite ces trouvailles, où on peut les admirer. Les silos, eux, demeurent énigmatiques: servaient-ils à stocker du grain, de l'eau, ou les deux selon les périodes et les besoins? Leur nombre seul suggère une communauté organisée, consciente de devoir prévoir.