Sur l'île de Nantes, à la place des anciens chantiers navals, se dressent des créatures qui semblent sorties d'un rêve mécanique. Les Machines de l'île, c'est d'abord cela: des animaux de métal et de bois, articulés, animés, qui bougent comme s'ils respiraient.
L'histoire commence ailleurs, en 2004. Le conseil de Nantes Métropole décide de transformer ce qui reste des chantiers navals, fermés depuis 1987, en quelque chose d'inédit. Pas un musée figé. Pas une simple commémoration. Une compagnie de théâtre, La Machine, dirigée par François Delarozière, s'associe au projet. L'idée germe d'une rencontre entre trois univers: les mondes inventés de Jules Verne, l'univers mécanique de Léonard de Vinci, et l'histoire industrielle de la ville elle-même.
En 2007, les Machines ouvrent. Ce ne sont pas des machines qui servent à fabriquer quelque chose. Ce sont des machines qui existent pour elles-mêmes, pour émerveiller, pour montrer ce que l'ingéniosité peut créer quand elle se libère du simple utile.
Le projet a frappé. En 2007, le Salon international du tourisme à Paris lui décerne son prix spécial du jury pour un équipement innovant. Depuis, le lieu a reçu la distinction de la Themed Entertainment Association, une reconnaissance rare en Europe pour ce genre de création.
Si vous faites halte à Nantes, vous trouverez là un endroit où l'histoire industrielle s'est métamorphosée en poésie mécanique.
Un château du XVIIIe siècle construit pour un armateur nantais: voilà ce qu'on trouve dans le quartier Breil-Barberie. Louis Chaurand, qui faisait le commerce maritime, n'était pas un homme ordinaire. Il avait des relations avec les Beauharnais et les Tascher de la Pagerie, ces familles créoles liées aux Antilles et à la politique du moment.
Après la Révolution, le château change de mains plusieurs fois. C'est sous la Restauration qu'il prend vraiment forme. La famille Goüin l'acquiert et y installe ce qui n'existait nulle part encore à Nantes: un jardin anglais, une orangerie, un verger avec étang, un bois. C'étaient des gens qui s'intéressaient aux plantes nouvelles, ces magnolias et cyprès-chauves qu'on venait de ramener d'Amérique. Un gentleman farmer, en somme, qui voulait faire de sa propriété un petit laboratoire de botanique à la mode.
En 1857, le banquier Brousset en devient propriétaire. Il engage l'architecte-paysagiste Provost pour agrandir et embellir le parc, qui s'étend sur huit hectares. Puis, entre 1864 et 1873, il fait édifier de nouveaux bâtiments par l'architecte Léon Lenoir.
Ce qu'on peut y découvrir aujourd'hui, c'est cette superposition des goûts et des ambitions: une demeure de négociant enrichi du siècle des Lumières, transformée en refuge de curiosités botaniques, puis agrandie par la fortune bancaire. Si un jour vous passez dans le coin, il se découvre.