Le château de Montsoreau s'élève sur un promontoire rocheux en rive gauche de la Loire, à l'endroit précis où le fleuve reçoit la Vienne. C'est un édifice de pierre qui hésite entre deux mondes: celui du château fort, défensif, et celui du palais urbain, ouvert au confort et à la beauté.
En 1455, des passeports royaux mentionnent le transport de plomb et de bois vers le chantier. À cette époque, le maître d'ouvrage ne pense plus d'abord à se défendre: il veut de la lumière. Les fenêtres se multiplient, l'organisation intérieure devient le souci majeur. La tourelle d'escalier octogonale, insérée à l'angle de la façade, incarne ce basculement. Son escalier à vis dessert les étages et s'achève par une voûte en palmier, une merveille d'architecture où huit nervures retombent sur une colonne centrale. Seuls trois autres exemples de cette voûte subsistent en Anjou.
Partout sur cette tourelle, la décoration raconte le constructeur et sa fierté. Une banderole porte l'inscription « Chambes crie » en hommage au maître du lieu. Plus bas, deux singes se font face de part et d'autre d'une énigme gravée: l'un soulève une chaîne pour lever une pierre où s'installe un petit singe. Au-dessus, la devise de la maison: « Je le feray ». Ces détails ornementaux, ces coquilles et ces médaillons d'inspiration italienne, témoignent d'une ambition nouvelle, celle de la Renaissance naissante.
Le château a séduit les grands esprits: Alexandre Dumas l'a immortalisé dans son roman, Turner l'a peint, Rodin l'a idéalisé au crayon. Aujourd'hui, il abrite une collection majeure d'art conceptuel.