Mézidon porte en elle deux noms qui ne se sont jamais tout à fait fondus. Le premier, Mézidon, vient d'Odon Stigand, qui vers 1050 revint d'une croisade et décida de bâtir une forteresse au bord de la Dives. Guillaume, duc de Normandie, l'y avait encouragé: la place était stratégique. Autour de ce château, Odon établit une baronnie et devint le premier baron de Mézodon. Mais ce n'était pas un guerrier ordinaire. Profondément marqué par la mystique chrétienne, il fonda le prieuré Sainte-Barbe après la guérison miraculeuse de l'un de ses fils. Son fils, qui lui succéda à sa mort en 1066, renforça cet élan religieux. Collégiales, prieurés, églises se multiplièrent. Toute la Normandie accourait ici en quête de miracles.
Le second nom, Canon, vient d'une commune qui gérée par des prêtres, s'était développée à proximité. Elle restait indépendante jusqu'en 1972, année où elle s'absorba dans Mézidon. Canon était surtout connue pour son château et son église. Le château, édifié au XVIIe siècle puis détruit, fut reconstruit au XVIIIe siècle avec un mélange de styles classique et anglais, surmonté d'un toit à l'italienne. Son parc s'ornait d'un pavillon chinois, d'un temple de la Pleureuse, et de jardins fruitiers clos. Cette dualité persiste: deux églises anciennes, deux châteaux d'époque, deux histoires entrecroisées. Deux noms qui racontent deux chemins de foi et de puissance, devenus un seul.