Le Havre porte un nom qui raconte déjà son histoire. Fondée en 1517 par François Ier, la ville n'existe que parce qu'un roi a décidé de créer un port. Avant cela, rien: juste l'estuaire de la Seine qui se perd dans la Manche. Le Havre, c'est le havre artificiel, le refuge construit de toutes pièces.
Pendant trois siècles, la ville peine à décoller. Les guerres de Religion, les tempêtes, les épidémies l'étouffent. Mais à partir de la fin du XVIIIe siècle, tout s'accélère. Le commerce s'envole, d'abord avec la traite négrière, puis avec le café, le coton, le pétrole. Au XIXe siècle, Le Havre devient le premier port d'Europe pour le café. Des familles protestantes allemandes s'y installent et contrôlent le négoce. Des Bretons arrivent par milliers, si nombreux qu'ils composent dix pour cent de la population. La ville s'enrichit, se transforme: les remparts tombent en 1854, les grands boulevards surgissent, le chemin de fer arrive en 1848.
Les paquebots transatlantiques font escale ici. Le Normandie rallie New York en 1935. Les Parisiens viennent y prendre les bains de mer. C'est l'âge d'or.
Puis vient 1944. Les bombardements rasent la cité. L'architecte Auguste Perret la reconstruit en béton, bloc après bloc. Aujourd'hui, ce centre-ville de béton blanc, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 2005, demeure la trace de ce qu'était Le Havre: une ville entièrement refondée, deux fois. Une première en 1517, une seconde en 1945.