Le Creusot porte en lui l'histoire d'une ville entièrement façonnée par l'industrie, depuis l'arrivée des Schneider en 1837.
Dès leur installation, les frères Schneider ont compris que l'eau était aussi vitale que le charbon et le minerai de fer. La ville et son usine croissaient vite, bien trop vite pour les réservoirs existants. Il a fallu inventer: en 1861, ils ont agrandi l'étang de la Forge et creusé des puits profonds. Puis, année après année, ils ont détourné les ruisseaux de Saint-Sernin-du-Bois et du Rançon par des tunnels souterrains de plusieurs centaines de mètres, conduisant l'eau jusqu'au château de la Verrerie. En 1914, ils ont percé un tunnel de 1 400 mètres sous le plateau d'Antully pour alimenter de nouveaux réservoirs. Chaque étape correspondait à un bond de la production industrielle.
L'électricité a suivi un chemin plus lent. Jusqu'en 1905, le gaz des hauts fourneaux éclairait les 2 600 becs de gaz des rues. Quand les habitants ont demandé des lampadaires électriques, Schneider a refusé: les turbo-alternateurs de l'usine produisaient à peine assez pour les machines. Il a fallu attendre 1943 pour que la compagnie crée sa propre société d'électricité, capable d'acheter du courant auprès de stations hydrauliques extérieures.
Aujourd'hui, le Creusot a fermé ses mines en 2000, mais l'usine Schneider continue sous d'autres noms. Les tunnels qu'on a creusés, les réservoirs qu'on a bâtis, la station du Pont Jeanne Rose construite en 1916 alimentent toujours la région. La ville entière reste le monument de cette industrie qui l'a créée.