Vous entrez à Laval, et ce qui frappe d'abord, c'est le château planté sur son rocher au-dessus de la Mayenne. Au XIe siècle, c'est autour de ce promontoire que la ville s'est nouée. Mais ce rocher n'était pas qu'une forteresse : c'était la base d'une dynastie. La maison de Laval en a fait l'une des plus puissantes familles du Maine et de Bretagne, et pendant des siècles, ce qui se décidait ici pesait sur tout le territoire alentour.
Au XIVe siècle, les comtes ont eu une intuition qui allait façonner la ville entière : transformer le lin en richesse. Ils ont implanté le tissage, et Laval est devenue un foyer du textile. Deux cents ans plus tard, au moment où la Renaissance s'épanouissait en France, c'est ici qu'elle trouvait l'une de ses places fortes. Le lin a tenu bon jusqu'au XXe siècle, longtemps après que d'autres villes l'aient abandonné. Ce n'est qu'alors que le lait a pris le relais, la production laitière devenant plus rentable que les métiers à tisser. La Mayenne qui coule toujours au pied du château a changé de musique, mais le mouvement de la ville restait le même : transformer ce qu'elle avait en ce dont on avait besoin.
Le château de Laval tient sur un rocher qui domine la Mayenne. C'est lui qui a fait naître la ville, au XIe siècle, quand Guy Ier en a posé les fondations. Depuis, le château porte l'histoire de sa famille : chaque alliance contractée, chaque mariage qui renforçait le pouvoir, tout cela s'est gravé dans les pierres.
Le site se divise en deux parties bien distinctes. Le Vieux-Château est la forteresse médiévale. On y trouve une chapelle du XIIe siècle et une tour maîtresse impressionnante, coiffée d'un hourd en bois du XIIIe siècle, ce système de protection en encorbellement qui permet aux défenseurs de tirer à la verticale sur les assaillants. C'est un exemple rare d'architecture militaire du Moyen Âge. Au début du XVIe siècle, on a percé les murs de baies richement ouvragées, donnant aux logis médiévaux une élégance nouvelle.
Le Château-Neuf, lui, est une galerie de la Renaissance. Au XIXe siècle, on l'a transformée en palais de justice, lui donnant une seconde vie administrative. Ces deux monuments figurent parmi les premiers à avoir été classés au titre de monuments historiques, en 1840, dans une vague qui en protégeait mille trente-quatre à travers la France.
Le château raconte donc deux histoires imbriquées : celle de la puissance croissante d'une famille du XIe siècle jusqu'à la fin de la Renaissance, et celle de la ville qui s'est construite à ses pieds, dont il reste le cœur.