Lannion porte le souvenir d'un établissement religieux breton du haut Moyen Âge. Son nom vient de « lann », qui désigne précisément ce type de fondation, suivi d'un anthroponyme ancien, Iudon, qui s'est transformé au fil des siècles en Iuzon, puis Iuon, jusqu'à la forme Lannion que nous connaissons. Cette évolution s'est cristallisée entre le treizième et le quatorzième siècle, avant que l'administration bretonne puis française ne la fixe définitivement.
Mais ce qui rend vraiment singulier ce site, c'est sa géographie. Lannion est une ville-pont sur le Léguer, et ce fleuve côtier obéit à une loi impérieuse: les marées font varier le niveau de l'eau au centre-ville de plusieurs mètres. À marée basse, l'estuaire s'assèche presque entièrement. À marée haute, il se gonfle. C'est cette dualité même qui a attiré les premiers habitants. Un gué s'est établi au pont de Kermaria, précisément à l'endroit où l'influence des marées s'arrête. Une rue proche, la rue Saint-Christophe-le-Passeur, en garde encore le souvenir dans son nom.
Cette singularité du lieu a inspiré, bien plus tard, une audace: en 1992, on a construit un stade d'eau vive marémoteur. Un barrage capture l'eau amenée par la marée montante et la relâche dans un parcours artificiel quand la marée redescend. Le Léguer, qui avait dicté les premiers passages, se transforme désormais en terrain de jeu.