Le château de La Rochefoucauld porte dans ses murs neuf siècles d'histoire, et on le voit à l'œil nu: un donjon du XIe siècle, massif et austère, s'élève au cœur d'une Renaissance flamboyante.
Tout a commencé en 1019, quand Foucauld, seigneur de La Roche, apparaît dans les documents. Son donjon, bâti sans doute peu après, mesure seize mètres de haut, ses murs épais de plus de deux mètres. Un bâtiment de guerrier: deux niveaux seulement, le premier aveugle, le second servant d'habitation avec une seule fenêtre. Ce donjon ressemble à ceux que Foulques Nerra, comte d'Anjou, élevait à la même époque en Touraine.
Huit siècles plus tard, vers 1520, François II de La Rochefoucauld imagine quelque chose de neuf: il conserve le donjon, mais l'enveloppe d'une demeure Renaissance. Il ajoute deux corps de logis, des galeries superposées sur trois étages, une chapelle, un grand escalier en colimaçon. Ces galeries, étagées à l'italienne comme au palais Farnèse, restent un cas unique en France. Le donjon reste visible de partout, comme si la famille refusait d'oublier ses origines.
Puis vint l'oubli. Après 1533, le château ne servit plus qu'aux grandes réceptions. À la Révolution, les archives brûlent. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient dépôt, puis se délabre. En 1960, la partie ouest du donjon s'effondre. Des cavités souterraines minaient ses fondations.
La restauration a commencé dans les années 1990. Aujourd'hui, le château abrite de nouveau les collections de la famille: tableaux, livres, archives. Le donjon tient toujours, enraciné dans le rocher.