Illiers-Combray porte un nom hybride qui raconte toute son histoire. Jusqu'en 1971, la petite ville s'appelait simplement Illiers. Puis le ministre de l'Intérieur a décidé de lui adjoindre Combray, le nom fictif que Marcel Proust avait donné à ce bourg dans son roman À la recherche du temps perdu. C'est rare en France: une commune qui emprunte son identité à la littérature.
Proust y venait enfant, entre 1877 et 1880, passer ses vacances chez sa tante Léonie. La maison existe toujours, devenue musée. C'est là qu'il a observé les détails qui allaient nourrir son œuvre: les ruelles, les jardins, les rituels de la vie provinciale. Tout ce qui deviendra Combray dans son roman venait de ces murs.
Avant Proust, Illiers était déjà une place importante. Au Moyen Âge, c'était une des plus anciennes baronnies du pays chartrain, et ses seigneurs jouissaient d'un privilège rare: celui de porter le nouvel évêque de Chartres lors de son entrée solennelle. L'un d'eux, Florent d'Illiers, combattit aux côtés de Jeanne d'Arc au temps du roi Charles VII. La petite ville prospérait: elle tenait cinq foires annuelles, fabriquait des draps, de la bonneterie, comptait plusieurs tuileries.
Aujourd'hui, ces murs de commerce ont disparu, mais le nom Combray a donné à Illiers une vie nouvelle. Ceux qui y font halte découvrent une commune où l'histoire littéraire s'est inscrite dans les pierres.