L'abbaye Notre-Dame de Fontevraud s'étend sur treize hectares près de Saumur, en Anjou. Elle est née en 1101 d'une idée singulière: accueillir au même endroit femmes et hommes sous la direction d'une abbesse. C'était une audace. Les comtes d'Anjou, puis les Plantagenêts, en firent leur nécropole, ce qui assura à l'abbaye puissance et ressources pendant des siècles.
Au XVe siècle, le déclin menaçait. C'est alors que cinq abbesses de la famille royale des Bourbons prirent les rênes, l'une après l'autre, pendant près de deux cents ans. Elles réformèrent l'ordre, reconstruisirent les cloîtres, érigèrent un palais abbatial. Renée de Bourbon fit édifier une clôture d'un kilomètre trois cents autour du domaine. Louise de Bourbon, qui régna quarante et un ans, reconstruisit presque tout: réfectoire, cloître, salle capitulaire où le peintre Thomas Pot exécuta les scènes de la Passion du Christ. En 1670, Louis XIV en nomma lui-même l'abbesse, Marie-Madeleine de Rochechouart, sœur de madame de Montespan. Cette dernière y séjourna en 1689 et fit jouer Esther de Racine dans l'abbaye, bravant la règle monastique.
La Révolution brisa tout. En 1789, les biens du clergé deviennent biens nationaux. L'abbesse refuse d'évacuer. Pendant trois ans, les religieuses quittent peu à peu. La dernière abbesse part le 25 septembre 1792. En janvier 1793, une troupe entre par la force, pille les bâtiments, brise les sarcophages des abbesses. L'abbaye devient prison en 1794 et le reste jusqu'en 1963.
L'église abbatiale reste le cœur du site. Commencée peu après 1101, elle fut consacrée en 1119 par le pape Calixte II. Quatre coupoles couvrent la nef, une architecture empruntée à l'Aquitaine. Sous ses pavés, des fouilles du XXe siècle ont exhumé une clôture monumentale en pierre sculptée, le Jugement dernier, datant d'avant 1199. Elle séparait les religieuses des laïcs, si haute qu'aucun ne voyait l'autre.