Vous êtes à Flers. En 1793, pendant la Révolution, une émeute a éclaté ici entre les habitants excédés par la conscription et les administrateurs venus chercher les archives du district. C'était l'époque où la comtesse de Flers, Jacqueline Le Goué de Richemont, cachait les chouans dans le château, tandis que son beau-frère, le général Louis Charles de Flers, commandait l'armée des Pyrénées orientales pour la République. La ville était déchirée.
Le château a servi de quartier général au comte Louis de Frotté, l'un des plus grands meneurs de la chouannerie normande. Cette guerre civile silencieuse, entre ceux qui défendaient l'ordre ancien et ceux qui combattaient pour la Révolution, s'est gravée dans les pierres mêmes de Flers. Un siècle et demi plus tard, en 1910, on a commencé à construire l'église Saint-Germain, dessinée par Paul Hulot dans un style néo-gothique sobre. Ses deux tours devaient monter à 65 mètres et accueillir des flèches, mais l'argent a manqué. Elles restent nues, inachevées. Le 6 juin 1944, les bombes ont percé la toiture et la voûte. Une bombe a touché la crypte où s'étaient réfugiés les paroissiens. Il y a eu un mort et plusieurs blessés. L'église porte encore cette cicatrice de guerre, rénovée mais marquée par ce jour.