Vous êtes à Étaules. Sous vos pieds, il y a eu de l'eau de mer.
Il y a deux mille ans, ce n'était pas encore la terre ferme. Le marais de Saint-Augustin, où vous êtes maintenant, était un golfe marin. Sur l'île de Brèze, au cœur de ce golfe, des hommes du second âge du fer chauffaient l'eau salée dans de petits récipients de céramique jusqu'à ce qu'elle s'évapore. Il restait du sel. C'était leur métier. Les fouilles menées entre 1966 et 1976 ont exhumé des centaines de fragments de ces petits pots, éparpillés sur près de 800 mètres carrés. Un seul site. L'archéologue Camille Gabet y a vu la trace d'une activité intense, prolongée, qui s'était répétée sur tous les anciens rivages de la région: la Seudre, Rochefort, Brouage. Partout où la mer avait creusé un golfe, les hommes l'avaient mise au travail.
Le golfe s'est comblé peu à peu. Les alluvions ont fait le travail. Aujourd'hui, il n'en reste que le marais, et Étaules est sur la terre. Mais son nom même raconte une autre vocation: il vient du latin stabula, une étable, un relais de poste. D'une industrie du sel à un lieu de passage et de repos pour les voyageurs. La terre qui a remplacé la mer a changé d'usage, mais elle n'a jamais cessé de servir.