Le nom d'Époisses vient d'une vieille idée: celle d'une terre ouverte aux bêtes. Au Moyen Âge, on l'appelait Espoisse, Espisia, Spissa selon les chartes. Sous ces graphies changeantes se cache toujours le même mot, issu du latin pastio, la pâture. L'article s'y est collé au fil du temps, si bien que dire « Époisses » revient presque à dire « les Époisses » deux fois. Un lieu de pâturage, voilà tout ce que le nom garde de son passé.
Mais le bourg a grandi autour d'autre chose: un château. Au XIIIe siècle, on y élève quatre tours, dont un donjon, pour le fortifier. Pendant des siècles il change de mains, se transforme. Au XVIe siècle, Imbert de La Platière, maréchal de France, en devient seigneur et le réaménage profondément. Il y fait construire le porche de la tour qui porte encore son nom aujourd'hui. Madame de Sévigné, qui possédait des terres alentour, y a séjourné plusieurs fois. Elle le qualifia de « maison d'une grandeur et d'une beauté surprenante ».
La Révolution française le rattrape. Le Comité de salut public exige la destruction de ses parties fortifiées et l'abaissement de ses tours. Le château survit, amputé de sa puissance défensive. Au XXe siècle, ses bâtiments et son jardin sont classés aux monuments historiques.
Aujourd'hui, Époisses porte aussi le nom d'un fromage à pâte molle que fabriquent les fromageries du village. Le château, lui, reste debout, transformé mais reconnaissable, rappel d'un temps où ce pâturage s'était fait forteresse.