Deauville porte en elle l'histoire d'une ambition gasconnes qui n'a jamais abouti. Le nom même de la station balnéaire révèle cette superposition des temps: Deauville vient d'Auville, un domaine rural qui occupait ces marais normands depuis le Moyen Âge. L'agglutination de la préposition « de » devant le nom, d'Auville, a fini par se figer en Deauville, une transformation linguistique qu'on retrouve ailleurs en Normandie.
Avant de devenir ce qu'elle est, Deauville n'était qu'un village agricole bâti sur la hauteur du mont Canisy, propriété de l'évêché de Lisieux. L'élevage et la culture du sainfoin constituaient toute son économie. Mais en 1676, un personnage de la cour de Versailles, Armand de Madaillan, comte de Lesparre et marquis de Lassay, y fit construire un château. Il courtisait la duchesse de Montpensier et se vantait auprès d'elle de posséder le plus superbe des châteaux normands. La duchesse accepta son invitation. Pris de panique, Lassay se lança dans la construction d'une véritable demeure de rêve, édifiée en un peu plus d'un mois. Elle ne vit jamais la venue de celle qui l'avait inspirée.
Le château prospéra sous ses héritiers, qui donnèrent de somptueuses fêtes en faveur de Madame du Barry et d'autres personnalités. Mais en 1824, un Parisien nommé Auger l'acquit pour 85 000 francs et le laissa se dégrader. Ses ruines restèrent visibles jusqu'à récemment sur les terrains du New Golf.
Entre-temps, la vogue des bains de mer qui avait enrichi Trouville-sur-Mer déborda sur l'autre rive de la Touques. Deauville devint station balnéaire, effaçant presque l'ancien village. Aujourd'hui, c'est cette transformation qui la définit: de marais oubliés à l'une des villes les plus prestigieuses de France.