Vous entrez à Cossé-le-Vivien, un bourg de la Mayenne qui a connu des heures étranges pendant la Révolution. En octobre 1789, le brigadier de maréchaussée de Craon écrivait que le bourg était « en complète anarchie ». Le curé Louis-Julien Létard et quelques meneurs avaient embrasé l'esprit révolutionnaire si vite que les troupes envoyées de Laval pour arrêter les pillards ont dû essuyer le feu des fusils des habitants.
Quatre ans plus tard, en octobre 1793, les Vendéens ont pris le bourg en marchant sur Craon. La garnison républicaine, six cents hommes et deux canons, s'est retirée sans combattre. Dès décembre, un poste militaire s'y établissait pour de bon. Cossé devint alors le boulevard des républicains au cœur d'un pays où les Chouans menaient le jeu. Les rues furent fermées de portes, le pont sur la route de Laval défendu par un retranchement et des pièces de marine. La commune dut fournir des otages, livrer tous ses grains, subir les fouilles. Les pauvres recevaient le pain pourri abandonné par la troupe. Pendant quatre ans, ce petit bourg a vécu assiégé de l'intérieur, pris entre deux mondes qui ne lui demandaient qu'une chose : choisir son camp.