Concarneau s'est bâtie au Moyen Âge sur un estuaire. Ce n'était rien d'autre qu'un abri naturel, la baie de La Forêt, mais cet abri a suffi à faire naître une ville. L'estuaire du Moros, étroit et protégé, a permis aux pêcheurs d'y ancrer leurs chaloupes et de transformer ce coin de côte en port.
Au XVIIe siècle, la Ville close s'entoure de remparts. Louis XIII, mécontent du gouverneur en place, envoie une armée entière en 1619: trois cents chevaux, des suisses, des canons descendus par la Loire, des compagnies de régiments. Le siège dure jusqu'à la capitulation du sieur de Lézonnet. Plus tard, Vauban lui-même vient inspecter les fortifications en 1694, ordonnant des travaux qui transforment les tours en plates-formes d'artillerie.
À la fin du XIXe siècle, c'est une autre invasion qui arrive, pacifique celle-là. Des peintres. Des dizaines, puis des centaines. Le port rutilant, ses deux mille navires en saison de pêche, les voiles brunes et rouges des chaloupes, les guirlandes de lièges qui sèchent entre les mâts: c'était un spectacle. Charles Fromuth revient trente ans d'affilée. Des Américains comme Howard Russell Butler ou Arthur Wesley Dow font halte à Concarneau entre Paris et l'été breton. Des Danois, des Canadiens, des Irlandais. Les hôtels offrent des ateliers, des modèles, des menus en anglais. Grâce à une pétition des peintres, les remparts sont classés à l'inventaire des monuments historiques en 1899, juste avant que la belle époque ne s'éteigne.