Le château de Champchevrier a gardé ses loups. Non pas vivants, mais gravés dans sa pierre et son histoire: il est né au Moyen Âge comme forteresse sur un site qu'on dit hanté par les bêtes, dans un pays tout en forêts. Une famille seigneuriale l'habitait depuis le XIe siècle, dont deux membres avaient pris la croix. Au XIIIe siècle, les Maillé s'en emparent par mariage, et le château passe de mains en mains à travers les générations: les Laval, les Bastarnay, les Daillon du Lude. Chaque succession le transforme.
Au XVIe siècle, sur les ruines de la forteresse, on élève un pavillon Renaissance dont les fenêtres à meneaux subsistent. Louis XIII y dort quelques jours en 1619. Plus tard, un bâtiment du XVIIIe siècle s'ajoute à la façade nord-est, et une terrasse est construite.
En 1728, le maréchal de Roquelaure le vend à Jean-Baptiste-Pierre-Henri de La Ruë du Can. C'est cette famille qui l'habite toujours. Et c'est ici, dans ce château aux larges fossés et aux grandes avenues, que s'est cristallisée une passion: le château abrite le plus vieil équipage de chasse de France, fondé en 1804. Près de soixante-dix chiens de meute y vivent encore, spécialisés dans la chasse au cerf. Les murs conservent les trophées, les bois de cerfs, les cors suspendus, les vieilles tapisseries. À certaines périodes, quarante ou cinquante familles du pays s'y réunissaient pour chasser. Le site a été classé monument historique en 1945.