Chinon se tient sur un éperon rocheux au-dessus de la Vienne, et ce rocher fortifié depuis l'Antiquité n'a jamais lâché prise. Pendant des siècles, la forteresse a commandé l'entrée de trois provinces à la fois: la Touraine, l'Anjou, le Poitou. Impossible de passer sans elle.
Les Plantagenêts l'ont comprise avant tous les autres. Henri II, qui avait épousé Aliénor d'Aquitaine et hérité de l'Angleterre, en fait sa résidence favorite. La cour s'y installe, la prospérité suit. Sous son règne, Chinon se transforme: de nouveaux quartiers naissent, des ponts se renforcent, des couvents s'élèvent autour de la forteresse. La châtellenie royale s'étend sur huit paroisses alentour.
Mais voilà le piège: cette forteresse que nul ne pouvait ignorer, c'est aussi celle où l'on ne peut pas se cacher. En 1189, Henri II, malade et vaincu, s'y réfugie face au roi de France Philippe Auguste. Il y signe la perte de tous ses domaines français, puis y meurt deux jours après. Son fils Richard lui succède, mais ne peut rien retenir. Quand Jean sans Terre prend le pouvoir, il perd place après place. Chinon tient un an sous le blocus, huit mois sous le siège, avant de tomber en 1205 entre les mains du roi de France.
C'est alors que la forteresse change de maître pour la dernière fois: elle devient française. Philippe Auguste l'ajoute aux domaines de la couronne. Après la Révolution, elle passe au cardinal de Richelieu et demeure entre les mains de sa famille jusqu'aux années 1790. Aujourd'hui encore, la forteresse domine la petite ville qui s'étire au pied de ses murs, figée dans ce rôle qu'elle n'a jamais pu abandonner: garder le passage.