Le château de Cheverny porte la marque d'une tragédie qui a façonné son existence. Au début du dix-septième siècle, Henri Hurault, comte de Cheverny, quitte son jeune épouse Françoise Chabot seule au château pour suivre le roi à la guerre. La rumeur de son infidélité finit par atteindre la cour, et un jour, Henri IV lui-même s'en moque ouvertement au Louvre. Le 26 janvier 1602, sans un mot, le comte chevauche jusqu'à son château aux premières heures du matin. Il découvre un page s'échappant par la fenêtre de sa chambre, le tue, puis offre à sa femme le choix entre le poison et l'épée. Elle choisit le poison, enceinte de cinq mois et demi.
Le roi le confine à ses terres. Trois ans plus tard, libéré du bannissement, Henri Hurault se remarie avec Marguerite Gaillard, une femme que l'on dit aussi belle que sage. Cette fois, il décide de raser l'ancienne forteresse et de construire une demeure nouvelle, oubliée de l'ancienne tragédie. De 1629 à 1640, le château prend forme sous la direction de l'architecte Jacques Bougier, qui a travaillé au château de Blois. Des artistes de renom viennent l'orner: Jean Mosnier peint les lambris et les plafonds, Gilles Guérin sculpte des statues pour le jardin. La façade sud s'élève en pierre de Bourré, un tuffeau blanc qui durcit en vieillissant.
Le château demeure depuis lors la résidence des descendants de cette famille, ouvert au public depuis 1922. Ses façades classiques, ses dômes carrés et ses toits à la française en font l'une des demeures les plus visitées de la Loire.