Châteaudun doit son nom à une tautologie. Au VIe siècle, on l'appelait déjà « ad Dunensem castrum », c'est-à-dire le château de Dun. Or « dun » vient du gaulois dunon, qui signifie justement forteresse. Dire Châteaudun, c'est dire château-forteresse, deux fois le même mot. Cela s'est produit lorsque les gens ont oublié que « dun » voulait dire quelque chose, et l'ont traité comme un simple nom de lieu, sans se rendre compte qu'ils redoublaient leur sens.
Pendant la Révolution, la Convention demanda à toutes les communes de changer de nom si elles évoquaient l'Ancien Régime ou la religion. Du 11 mars 1794 au 10 février 1795, Châteaudun devint Dun-sur-Loir. Ce changement, qui semblait purement administratif, eut une conséquence que personne n'avait prévue. En pleine Terreur, le Comité de sûreté générale à Paris ordonna que douze prisonniers de Châteaudun fussent transférés dans la capitale pour y être jugés. Mais la lettre, adressée à Dun-sur-Loir, parvint par erreur à Dun-sur-Auron, dans le Cher. Le temps qu'elle arrive à destination, Robespierre était tombé. La Terreur s'adoucit, les suspects furent relâchés. Ces douze hommes durent leur vie à une confusion de nom de commune.
Châteaudun a repris son vrai nom trois mois plus tard. Aujourd'hui, le nom reste, avec son étrange redondance cachée, vestige d'une langue morte qui avait oublié qu'elle parlait de forteresses.