Chartres porte le nom d'un peuple gaulois disparu depuis deux mille ans, les Carnutes. Leur cité était le lieu où se réunissaient chaque année les druides de toutes les Gaules, au cœur d'une vaste forêt. Ce qui a commencé comme un centre religieux païen s'est transformé en centre religieux chrétien: au IVe siècle, Chartres devient diocèse, et sa cathédrale devient l'une des plus puissantes institutions de France.
C'est un don qui a changé son destin. En 876, Charles II le Chauve offre à la cathédrale le Voile de la Vierge, la chemise de Marie. Aussitôt naît un pèlerinage qui enrichit la ville et finance ses églises. En 911, quand le chef normand Rollon assiège Chartres, la légende raconte que l'évêque Gancelme brandit cette relique et met en fuite l'ennemi. Vrai ou faux, ce récit renforce le prestige de la Vierge et de son sanctuaire. Les pèlerins affluent, l'argent coule, la cathédrale s'élève.
Aux XIIe et XIIIe siècles, Chartres rayonne aussi par l'intelligence. L'évêque Fulbert y fonde une école qui attirera les plus grands esprits. Bernard de Chartres y enseigne une pensée nouvelle, nourrie par les anciens. C'est lui qui aurait dit: nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Cette formule résume l'esprit chartrain: reprendre les savoirs antiques, les dépasser, voir plus loin.
En 1944, la cathédrale a failli disparaître. Les Américains la visaient, convaincus que les Allemands s'y cachaient. Le colonel Welborn Griffith demande à vérifier. Il entre, trouve la cathédrale vide, sonne les cloches. Il est tué quelques heures après, libérant Chartres de toute destruction. La cathédrale a survécu à la bombe comme elle avait survécu aux Normands, aux incendies, aux guerres. Elle reste le cœur de la ville.