Cancale doit son nom à deux mots bretons: konk, qui signifie port ou havre, et aven, rivière. Le port et la rivière: c'est tout ce qu'il faut pour comprendre ce qui s'y est passé.
Dès le seizième siècle, les marins de Cancale s'engagent sur les morutiers qui partent à Terre-Neuve. C'est un travail de plusieurs mois. À leur retour, d'octobre à mars, ils se tournent vers la pêche côtière, le maraîchage, ou le ramassage des huîtres plates qui pullulent dans la baie. Ces huîtres sauvages, énormes parfois, s'appelaient des pieds de cheval. François Ier en est tellement friand qu'en 1545, il élève Cancale au rang de ville, reconnaissant sa qualité de fournisseur de la table royale. Les échevins de Paris reçoivent deux livraisons par semaine.
Le spectacle commence au printemps, autour de Pâques. Louis XVI, craignant l'épuisement des bancs naturels, publie en 1787 une ordonnance: chaque année, pendant environ quinze jours, une flottille de deux cents bisquines, ces voiliers surtoilés, se met en route pour draguer les huîtres. On appelle cela la caravane. À marée haute, elles reviennent décharger leur pêche au port; à marée basse, les femmes trient les coquilles et les huîtres, tas par tas. C'est un spectacle qui a inspiré un roman. Aujourd'hui, les bisquines ont cédé la place à des chalands à moteur, mais le rythme de la baie reste le même.