Le nom de Cabourg cache une énigme vieille de mille ans. Les chartes du Moyen Âge l'appellent tour à tour Cathburgum, Cadburg, Cabourc, chacune de ces graphies gardant la trace d'une formation toponymique dont l'origine précise s'est perdue. On hésite entre le gaulois et le germanique, entre un élément signifiant « combat » et un mot saxon pour « bourg ». Ce qui est sûr, c'est qu'un établissement saxon s'enracinait ici entre le quatrième et le sixième siècle, comme ailleurs en Normandie, et que le type de nom s'est diffusé lors de l'arrivée des colons anglo-scandinaves au dixième siècle. Le village de pêcheurs ne révélait rien de cette ancienneté.
Tout a basculé dans les années 1850. Un homme d'affaires parisien, Henri Durand-Morimbau, décide de transformer le hameau en station balnéaire. L'architecte Robinet trace un plan radio-concentrique, comme un théâtre gréco-romain: les avenues convergent vers une place centrale où s'élève un casino en bois. La première pierre est posée le 9 mai 1854. Des centaines d'arbres sont plantés. Cabourg-les-Bains naît d'un coup, mais meurt presque aussitôt, faute de chemin de fer.
En 1879, la ligne arrive enfin. La station explose. Le casino en bois cède la place à un édifice en pierre en 1867; le Grand Hôtel est reconstruit en 1908. Entre 1881 et 1936, la population double. Des hôtels couvrent le front de mer dans les années 1920. Cabourg devient le rendez-vous de la grande bourgeoisie européenne, anglaise, belge, suisse, russe. Marcel Proust y réside, affectionne son Grand Hôtel. Cette ville n'a pas grandi: elle a été inventée, tracée d'après un plan de théâtre antique, en quelques décennies.