Vous êtes à Aytré.
Entre le Ier siècle et aujourd'hui, ce territoire a vécu trois vies qui l'ont façonné chacune à leur manière. D'abord, les Romains s'y sont installés. Ils ont bâti une ferme de deux hectares à Bongraine, dans le nord-ouest du village, où ils cultivaient le vin. Cette villa s'étendait sur les terres que l'océan baignait encore, et des monnaies de bronze retrouvées lors de travaux de rue en gardent la trace.
Mille ans plus tard, ce ne sont plus des paysans que la baie d'Aytré attire, mais des guerriers. Les Vikings, entre 843 et 930, ont transformé la côte en base de pillage. Une chronique médiévale rapporte qu'ils s'établissaient à Aytré pour ravager les salines riches de l'Aunis, de l'île de Ré jusqu'à l'embouchure de la Charente. Quand ils ont disparu vers le milieu du Xe siècle, les habitants ont repris l'exploitation du sel. Les seigneurs de Châtelaillon ont alors fait édifier une première église romane près du marais, et cette église a survécu. Les Anglais la fortifieront au XIVe siècle, lors de la guerre de Cent Ans, quand les troupes du roi de France stationneront à Aytré pour assiéger La Rochelle.
Aujourd'hui, Aytré a changé de richesse. Ce n'est plus le sel ni le vin qui la définissent, mais l'acier: l'usine Alstom y fabrique le matériel ferroviaire. La baie reste, l'église aussi. Mais le territoire qui accueillait des légionnaires et des pillards norvégiens accueille désormais des ouvriers.